Archives de Catégorie: Previous editions

Edition 5 : Hallucinations et mondes parallèles. Part. II

Vendredi 13 novembre 2009, à 19H30, à  La suite Logique, 27 rue de la Glacière, métro : Glacière ou Les Gobelins.  http://www.lasuitelogique.org

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Pour cette partie II, nous quitterons le domaine organique et corporel exclusif, pour retrouver nos préoccupations technologico-artistiques et mettre en évidence les relations explicites de la technique et de la technologie avec les hallucinations.

En guise d’application, nous tenterons de mettre en œuvre une version «home made» de la très emblématique Dream machine, réalisée au début des années soixante, par Brion Gysin et le mathématicien Ian Sommerville. Nous aborderons l’univers des jeux vidéos, comme World of Warcraft, Counter Strike ou America’s Army, et  la vidéo dans ses potentialités hallucinatoires, créatrice de  réalités avec les œuvres de Ryan Trecatin et de Jeremy Blake. Nous entrerons progressivement dans de  véritables fictions sensorielles à travers les installations sonores de Janet Cardiff et de George Bures Miller. Et nous terminerons enfin et en beauté, dans une complète symbiose borgésienne, avec une performance de Pascale Gustin.

Intervenants : Nicolas Thill, Charles Foichat, Lajim, Audrey Bartis, Pascale Gustin, Ursula Gastfall

Et comme d’habitude…, amenez des victuailles à partager!!


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Edition 4 : Hallucinations et mondes parallèles. Part. I

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Edition 4 : Hallucinations et mondes parallèles, partie 1 – vendredi 02 octobre 2009, à 19H00, à l’espace En Cours (Paris)

Attention, soirée spéciale « Stress test » de votre bon sens !!

Nous vérifierons ensemble si effectivement «le bon sens est la chose au monde la mieux partagée.»(1) Mais avant, nous verrons sur quoi s’appuie ce fameux «bon» sens si bien considéré, et devenu dans nos provinces le grand garant de «la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux»(2). Nous aiguiserons ensuite nos «mauvais» sens, ces sens si déconsidérés pour augmenter notre réalité. Communément définit comme perception sans objet, l’hallucination retrouvera ici ses territoires, ses univers et nous conduirons ainsi nos pensées par différentes voies vers d’autres perceptions. Car, au-delà de tout jugement, l’important est de considérer que «la possibilité de la connaissance réside dans la proportion entre l’inconnu et le connu.»(3)


Dans un total désordre, nous parlerons de schizophrénie, de Salavador Dali et de Raymond Roussel, de Castanada, d’Anton Mesmer, d’Henri Ey, d’Orson Welles et de tous ceux concernés, que j’oublie à présent.

Alors venez tenter l’expérience, équipés de votre coussin et de quelques victuailles!

(1) Toute première phrase du « discours de la méthode » de René Descartes, ça commence dur!

(2) Deuxième phrase du « Discours de la méthode » de René Descartes

(3) Wikipédia,  Nicolas de cues et « la docte ignorance » , ça c’est plus sérieux !

Intervenants : Audrey Bartis, Nicolas Thill, Charles Foichat, Bruno Garrigues, Benoit Pingeot, Marcel Courchant.


P.S : Comme c’est un vaste domaine et que nous ne souhaitons pas en sortir si vite, une deuxième partie sera consacrée aux hallucinations et ses déploiements technologiques. Les prochains intervenants sont d’ailleurs parmi vous, qui ne le savez pas encore …. Merci de vous faire connaître au plus vite!


Edition 4 : Hallucinations et mondes parallèles, partie 1

vendredi 02 octobre 2009 à 19H00

L’espace En Cours : 56 rue de la réunion, Paris 20e

métro : Buzenval / Alexandre Dumas


NB : cet espace étant entouré de lieux privés, merci de respecter la tranquillité des voisins à partir de 23h, en arrivant comme en repartant.

Comme d’habitude, merci d’apporter à boire et à manger (surtout les plus résistants d’entre vous qui comptent rester jusqu’à la fin de la nuit!…).

Edition 3 : Boucles & Récursivité

Édition 3 : Boucles & Récursivité

1.

vendredi 12 juin de 19h jusqu’à l’aube

Pendant cette soirée, nous entrerons en profondeur dans le principe mathématique de récursivité, ainsi qu’au cœur des formes et des applications qui en dépendent. Car « pour comprendre le principe de récursivité, il faut d’abord comprendre le principe de récursivité ».
Puis, jusqu’aux limites et au péril de nos facultés mentales, nous irons vers des territoires, où s’ouvrent d’autres gouffres intérieurs, comme le cloaque d’un estomac qui se digère, ou le râle d’une « machine qui dés qu’on la fait tourner à vide ou qu’on la considère d’un point de vue esthétique,(…) commence à donner sur son ingénieur des informations sur lui-même.1»
Alors pour que s’accomplisse cette mise en abîme et le vertige qui l’accompagne, venez-nous rejoindre dans ces circonvolutions physiques, esthétiques infinies où il sera question de mathématique, de programmation, de live coding, de fractales, de formules magiques, de damnation, de constructeur universel, de larsen, de schizophrénie et enfin d’«éternel retour» du même, engendré par lui-même. 😉

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participants à la programmation :

Millovann Yanatchkov
Nicolas Thill
Aurélien Fache
Audrey Bartis
Ursula « Gastfall »

Atelier de Benoît Pingeot 24 rue Norvins 75018 Paris
(à proximité de la place Dalida)
code 43 28 A Batiment D 2eme étag, atelier D3
métro Lamarck Caulaincourt

Pensez à apporter des victuailles sur le thème : pain / fromages / vin / fruits et un coussin pour votre confort!

(1.Peter Sloterdijk, La domestication de l’être, Éditions Mille et une nuits, Paris, 2000, p. 33)

Programme détaillé :

Nico :

1. Introduction

– Mise en abyme en direct avec caméra

2. Théorie

– La fonction factorielle en mathématiques

– La fonction factorielle en informatique

3. Applications

– Démos : fractales, bout de codes en C, Pascal, Logo…

– Recursivité dans le monde réel

– Image : Biologie – Diatomée, Nautile

– Recursivité dans la BD :  Franquin

– Recursivité dans la Publicité

– Recherche de Escher :  vidéo : Escher – Prentententoonstelling 1 et 2

– Recursivité croisée

– Citations :  Shadocks : Plus je pédale moins vite, moins j’avance plus vite

– Recursivité dans l’Armée (marche au pas cadencé) : tactique d’origine militaire du Clear & Secure

Audrey :

« collage » Meier+Marey (10’20’’) : « For Alan Turing », pièce sonore de Robin Meier + chronophotographies animées d’Etienne-Jules Marey.

Pierre-Laurent Cassière : présentation « plasticien sonore » et vidéos :

– Sine (avec Juliana Borinsky, 2007)
– Mimnemesis (2006)
– Harpe de fortune (2005)

Boucles sonores :

Zazazie – Thomas Baumgartner (2005)
Ecoute – Je m’écoute – Gaëtan Bulourde (2008)

Schizophrénie technologique

Serial Experiments Lain épisode 3+8 (Ryutaro Nakamura, 1998)

Milo :

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Coding

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— Live coding récursif 30′

— Explication du code & exemples 30 ‘

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Concepts

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— La récursicté en mathématique [Lambda calcul]

— La récursivité en informatique [Scheme, GNU’s Not Unix]

— La récursivité en philosophie & spiritualités [Spinoza, Madandala &

Boudhisme, Wired]

— Histoire des fractales

— Démo d’un logiciel fractal

— Art, récursivité & fractales [peinture, architecture, littérature]

Ursula :

Deux formes : Les formes inclusives et  expansives

Le baroque

Le labyrinthe

# Vidéos :

Beckett : Quad I et II, Not I,  Was, wo

# Littérature :

La chasse au snark de Lewis Caroll

Le terrier de Franz Kafka

# Musique :

Les canons de Bach

Les canons de Moondog

# Philo :

Le baroque, Leibniz, le pli et les fractales

# Science et cybernétique : machines auto-réplicantes, constructeur universel de John Von Neuman et Norbert Wiener.

deux éditions du KinéKlub en juin : « Esthétique du Chaos » + « Boucles & Récursivité »

Deux éditions du Kinéklub en ce mois de juin, notez bien ces deux rendez-vous :

– KinéKlub@PasSageEnSeine : « Esthétique du Chaos »

Dans le cadre de l’évènement Pas Sage En Seine, CoHacking Space qui va envahir le Passage des Panoramas les 4 et 5 juin, le KinéKlub propose une programmation sur la thématique du hacking (au sens large) et de l’esthétique du chaos.

VENDREDI 5 JUIN

de 19H à 22H à la Cantine
Passage des Panoramas
151 rue Montmartre, Paris 2eme
métro : Grands Boulevards

– KinéKlub #3 : Boucles & Récursivité

VENDREDI 12 JUIN, de 19h à 5h
Atelier de Benoît Pingeot
24 rue Norvins, Paris 18eme
métro : Lamarck-Caulaincourt

(texte de présentation et codes d’entrée à venir par mail et sur ce blog)

Chantier & Hétérotopies : The Flying Steamroller, Chris Burden

Edition 2 : Chantiers & Hétérotopies

Edition 2 : Chantiers & Hétérotopies vendredi 17 avril 2009, de 19h30 jusqu’à l’aube

chantier-paris Audrey Bartis

chantier-paris Audrey Bartis

Du chantier dans l’art ou l’art du chantier.
Toujours en cours de construction ou en cours de démolition , le cœur de la création se tient plus souvent dans le temps et l’espace de sa gestation que dans son aboutissement ultime et son objet final. Nous nous intéresserons pour ce prochain KinéKlub à des œuvres qui mettent délibérément en avant ce temps et cet espace que nous désignons par le terme de « chantier ». Nous tracerons alors librement une perspective qui nous mène d’un espace public comme celui de la ville et du chantier qui œuvre à sa transformation permanente, à celui plus intérieur de l’atelier, comme un espace organisé pour une construction ou une destruction à venir. Mais l’atelier est  aussi le lieu privilégié du détournement où sont possibles les digressions, les tentatives, et où se mesure l’étendue d’un désœuvrement dans une suspension du temps et la quête d’un ré-enchantement, d’une épiphanie. C’est ce moment de l’impulsion, cette origine où la pensée de l’artiste et la matière sont mises à vif  et se mettent en branle, que nous rechercherons; principalement, à travers le travail de Gordon Matta Clark mais aussi à travers certaines œuvres de Gregor Schneider, Jean-Pierre Raynaud, John Baldessari,Thomas Hirshhorn, Peter Fischli et David Weiss, Chris Burden, Kurt Schwitters et de collectifs comme Art Workers Coalition et W.A.G.E.

Programmation :

Le chantier : la ville en dé-construction

– Gordon Matta-Clark : Splitting / Bingo / Underground Daylies (1974-1976)

– Audrey Bartis : Crude Making (Thinking) : Esthétique du Chantier (perfo-conférence 2006-2009)

– Gordon Matta-Clark : Conical Intersect (1975)

– Gordon Matta-Clark : Tree Dance (1971)

– Gordon Matta-Clark : Fresh Kill (1972)

– Gordon Matta-Clark : Day’s End (1975)

– Gordon Matta-Clark : City Slivers (1976)

– Audrey Bartis : « chantier/hétérotopie » (MP3 du texte Hérérotopies, des espaces autres, de Michel Foucault, 1967 + vidéo Day’s End, Gordon Matta-Clark), collage audio-vidéo (2009).

– Chris Burden : The Flying Steamroller (2006)
L’atelier, chantier perpétuel

– Ursula : Kurt Schwitters, Jean-Pierre Raynaud, Gregor Schneider (slide-show)

– Fischli & Weiss : Der Lauf des Dinge (1987)

– Bruce Nauman : Pinch / Neck + Walking In An Exagereted Manner Around The Perimeter Of A Square (1967 – 1968)

– Bruce Nauman : Stamping in The Studio (extrait, 1968)

– John Baldessari : Six Colorfull Inside Jobs (1971)

– Art Safari : Gregor Schneider (émission TV UK, 2007)

Artist @ work :

– Ursula : AWC, Art Workers Coalition
– W.AG.E.

Atelier de Benoît Pingeot
24 rue Norvins
75018 Paris
(métro Lamarck-Caulaincourt)

Art Workers Coalition

Art Workers Coalition

Lettristes, Debord et Situationnistes, par Pierre Delgado

L’activité situationniste a surgit, après-guerre, à un moment où le Surréalisme, en tant que pratique artistique, s’était déjà imposé comme un des plus importants mouvements artistiques de l’Histoire, et dont les aspects formels de son écriture et de sa peinture étaient déjà adoptés comme « esthétique » propre du marché culturel, à commencer par la publicité. La forme surréaliste de l’image avait finit par être amplement admise et utilisée, sans, naturellement, le sens voulu au départ.

Dans le même temps, il y avait dans les nouvelles expériences d’avant-garde un climat de répétition des gestes des avant-gardes de l’entre-deux guerres. Le monde avait énormément changé et la victoire esthétique du Surréalisme se révélait exactement dans un monde qui avait changé sans se transformer. La société bourgeoise était devenue, formellement, « surréaliste ». En d’autres termes, les nouveaux mécanismes de la domination sociale s’étaient appropriés aussi bien l’imagination, le désir et les sphères intérieures de l’homme. La révolution sociale, de laquelle les surréalistes attendaient un changement de vie, n’était pas venue; cependant que le cinéma, la publicité, etc, s’étaient appropriés les découvertes esthétiques et les techniques de langage de d’avant-garde.

L’évaluation historique de cette expérience, ce que cette expérience disait alors des nouvelles exigences technico-esthétiques d’une pratique d’avant-garde et sur la nouvelle situation sociale sur laquelle cette pratique devait porter, étaient dès le début présents dans les préoccupations d’un petit groupe de jeunes qui, dans les années 50, devait se diriger, à partir du « Lettrisme », vers le mouvement situationniste. Au centre de cette ligne de continuité, se trouve Guy Debord (1931-1994).

On peut alors dire que toute la réflexion de Debord avait comme point de départ la compréhension de l’expérience historique des avant-gardes et son impératif de changement de la vie. Néanmoins, pour Debord et les situationistes, il ne s’agissait pas de répéter des gestes, des techniques et des styles, mais de reprendre la recherche et la réflexion sur la même thématique des avant-gardes ; il ne s’agissait pas de répéter, mais de repenser et, dans un certain sens, dépasser les méthodes et les formes de compréhension des avant-gardes historiques pour donner une actualité à ses prétentions.

Cette posture est ce qui, de fait, allait différencier l’entreprise situationniste des autres nouvelles avant-gardes des années 50 et 60, qui remuaient fondamentalement dans le geste de la répétition. Dans cet effort, le langage reste le lieu à partir duquel se pense la pratique esthétique et le changement de la vie. La perspective du « dépassement de l’art », hérité des avant-gardes historiques – à partir de la thématisation et de l’expérience du langage poétique – était d’une importance centrale pour Guy Debord et les situationnistes. Il s’agissait, pour ces derniers, de mettre un terme définitif aux pratiques artistiques classiques. Dans la préface qu’il a écrite, en 1979, à la quatrième édition italienne de La Société du Spectacle (1967), Debord situe l’élaboration de cette œuvre précisément dans cet effort théorique : “ Quinze ans auparavant, en 1952, quatre ou cinq personnes peu recommandables de Paris décidèrent de rechercher le dépassement de l’art. […] Ce dépassement de l’art, c’est le « passage au nord-ouest » de la géographie de la vraie vie, qui avait si souvent été cherché pendant plus d’un siècle, notamment à partir de la poésie moderne s’auto-détruisant. ”

Même si l’art continue d’être le « modèle » à partir duquel Debord pense ce changement de la vie, c’est dans la mesure où une espèce d' »auto-poésis », d’autoconstruction (dans le sens de construction autonome de sa propre vie) finit par être la forme de la poésie. La réalisation de l’art débouche sur l’art de vivre, entendu comme appropriation, par les individus, de sa propre vie, à partir des moments singuliers de la vie quotidienne.

Cherchant à surmonter la perspective traditionnelle de l’Esthétique, Debord aura comme nouvel objectif « la participation immédiate à une abondance passionnelle de vie », la « construction expérimentale de la vie quotidienne ». Tout en reconnaissant que la vie quotidienne dans sa totalité se structure dans cette société sous les déterminations de la réification, Debord la prend comme l’instance à partir de laquelle le changement de la vie peut être radicalement pensé.

Un tel projet, ne pouvant se réaliser qu’à travers une réorganisation de la totalité de la vie sociale, exigerait précisément une critique théorique de la totalité. Hors, cette perspective serait celle qui, selon Debord, par l’expérience artistique des avant-gardes – particulièrement le dadaïsme et le surréalisme – avait déjà été poursuivi sous la forme de la destruction des formes artistiques; et, par ce processus, de plus en plus incorporée à la nécessité critique de la vie quotidienne.

***

Debord a réalisé 7 films :

Hurlements en faveur de Sade, 1952.

Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps, 1959.

Critique de la séparation, 1961.

La Société du spectacle, 1973.

Réfutation de tous les jugements, tant élogieux qu’hostiles, qui ont été jusqu’ici portés sur le film « La Société du spectacle », 1975.

In girum imus nocte et consumimur igni, 1978.

Guy Debord, son art, son temps, 1994 (téléfilm, co-réalisation : Brigitte Cornand)

Il y a deux choses que Guy Debord cite comme ses manifestations les plus radicales, – celle où le négatif, le refus de l’ordre du monde se sont exprimés de la façon la plus directe et la plus pure : le film Hurlements en faveur de Sade (“ Ce que, chez moi, a déplu d’une manière durable, c’est ce que j’ai fait en 1952. ”, Panégyrique, tome premier, Gérard Lebovici, Paris, 1989) et l’inscription NE TRAVAILLEZ JAMAIS tracée 1953 sur un mur de la rue de Seine.

En 1952, Debord a vingt ans.

Hurlements en faveur de Sade, 64 min., 1952

(Dédié à Gil J. Wolman)

On ne peut pas dire que Hurlements en faveur de Sade soit à proprement parler un film situationniste, mais il en comporte déjà tous les germes. C’est un film qui se revendique « lettriste » dès le générique, par sa bande son en forme de poème improvisé de Isidore Isou.

La bande-images du film se réduit à un écran uniformément blanc durant lequel cinq voix lisent des collages de textes tirés à la fois de publications de l’époque, d’articles de presse ou bien de créations originales de Debord. entrecoupées de silences où l’écran reste totalement noir (« Les yeux fermés sur l’excès du désastre »). Les voix, volontairement inexpressives, ont été enregistrées par Gil J. Wolman, Guy-Ernest Debord, Serge Berna, Barbara Rosenthal et Jean-Isidore Isou. Il n’y a pas le moindre accompagnement ou bruitage. La dernière séquence, qui est noire, dure 24 minutes.

Au début du film, l’une des voix annonce : « Guy Debord devait monter sur scène avant la projection de ce film et annoncer : Il n’y a pas de film. Le cinéma est mort. Il ne peut plus y avoir de films. Passons si vous le voulez bien au débat. »

Fin avril 1952, le texte du film avait paru dans l’unique numéro de la revue Ion, précédé de Prolégomènes à tout cinéma futur. Ce manifeste montre Debord tributaire encore de l’esthétique du premier lettrisme, dans la mouvance d’Isidore Isou et de ses zélateurs; cependant, une insatisfaction s’y fait jour, prélude à un dépassement du lettrisme : “ mais tout ceci appartient à une époque qui finit, et qui ne m’intéresse plus ”. Debord, avec Gil J Wolman (à qui le film est dédié), Jean-Louis Brau et Serge Berna, s’apprêtait à faire sécession.

17 juin 1952 : le film est achevé.

30 juin 1952 : Projection de Hurlements en faveur de Sade. Par le scandale provoqué, l’animateur du ciné-club « dit d’Avant-garde » dans les locaux du Musée de l’Homme la fait interrompre, dans une ambiance tumultueuse, au bout d’une vingtaine de minutes.

13 octobre 1952 : Hurlements en faveur de Sade est intégralement projeté au ciné-club du quartier latin, dans la salle des Sociétés Savantes, rue Danton. Séance qui tourne au pugilat. Certains se mettent à hurler, à crier au scandale, les injures fusent…

7 décembre 1952 : L’Internationale Lettriste est le nom que les dissidents donnent au groupe. Fondation de l’I.L. lors de la “Conférence d’Aubervilliers”, qui réunit Debord et ses trois comparses. Et ils s’entendent sur quelques règles et une ambition fondamentale : “ C’est dans le dépassement des arts que la démarche reste à faire”. Il faut rompre le cadre d’une quelconque production artistique pour transformer la vie même.

 » En 1957, Debord avec son film Hurlements en faveur de Sade annonce la fin du cinéma : on y voit une séquence de vingt-quatre minutes pendant laquelle l’écran reste noir.  » [Globe, février 1990] Je l’ai même fait encore un peu plus tôt, et le preuve s’en est fait attendre cinq années de plus puisque l’affreux exploit, en vérité, a offensé l’année 1952. Et le titre seul n’avait-il pas suffit à faire voir la mentalité d’une sinistre jeunesse? La suite s’en est montrée digne. ”

(“Cette mauvaise réputation…”, 1993, p. 62)

Je dois convenir qu’il y a toujours eu dans mon esthétique négative quelque chose qui se plaisait à aller jusqu’à la néantisation. Est-ce que ce n’était pas très authentiquement représentatif de l’art moderne? ”

(“ Cette mauvaise réputation…”, 1993, p. 69)

Après toutes les réponses à contretemps, et la jeunesse qui se fait vieille, la nuit retombe de bien haut. ”

(Hurlements en faveur de Sade, 1952)

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In girum imus nocte et consumimur igni, 105 min., mars 1978, 35 mm, n&b.

Célèbre palindrome latin qui signifie : « Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu »

Ecrit et réalisé par Guy Debord, tourné en 1977, produit par Simar Films.

Musique : François Couperin, Benny Golson [“Whisper Not”, Jazz Messengers d’Art BLAKEY au Club Saint-Germain en 1958]. On peut supposer que Debord et ses amis ont assisté à ce concert des Jazz Messengers d’Art Blakey au Club Saint-Germain en 1958 (sans payer?…), durant lequel Benny Golson interprétera sa composition  » Whisper Not » qui revient plusieurs fois (tirée précisément de cet enregistrement en public) dans le film In girum.

Debord, avec In girum imus nocte et consumimur igni, en amorçant un mouvement de remémoration dans une perspective historique, est revenu, en paroles et en images, avec une grande poésie, sur ce moment qu’il qualifie de « point culminant du temps » (avant d’y revenir encore dans les deux tomes de Panégyrique).

On peut voir dans In girum imus nocte et consumimur igni comme un film qui dénonce le public culturel, et y voir une critique des relations sociales qui découlent des conditions d’existence et les raisons qui font que le public est si lent à les changer; une critique d’un monde de la représentation sacralisée; une critique du cinéma; le Paris des années cinquante et le groupe de jeunes dont fait partie Debord; la naissance de l’Internationale situationniste. Et une méditation sur les conditions de l’homme : l’inconstance, l’ennui, l’inquiétude, écartelés entre l’expérience de l’éphémère et l’aspiration à la permanence et la stabilité, dans le cours irrésistible du devenir.

Une méditation sur l’eau du temps qui passe, et le feu du désir. En citant, entre autres, Bossuet, Sun Tze, Clausewitz, L’Arioste, Li Po, Dante, Musil, Pascal, Omar Khayyam, Shakespeare, La Bible, Hegel, la B.D.  de Harold Foster « Prince Vaillant »…

C’est une société, et non une technique, qui a fait le cinéma ainsi. Il aurait pu être examen historique, théorie, essai, mémoires. il aurait pu être le film que je fais en ce moment ”

(In girum imus nocte et consumimur igni, 1978)

De toute façon, on traverse une époque comme on passe la pointe de la Dogana, c’est-à-dire plutôt vite. Tout d’abord, on ne la regarde pas, tandis qu’elle vient. Et puis on la découvre en arrivant à sa hauteur, et l’on doit convenir qu’elle a été bâtie ainsi, et pas autrement. Mais déjà nous doublons ce cap, et nous le laissons après nous, et nous nous avançons dans des eaux inconnues. ”

(In girum imus nocte et consumimur igni, 1978)

Pierre Delgado